Lundi 16 mars 2009
Cela fait 4 semaines que je n’ai pas touché mes pinceaux !
Ils me manquent et en même temps je les redoute. Comme si en revenant à l’atelier, je ne serais plus capable de peindre, comme si tout pouvait s’être effacé comme un rêve.
J’ai quitté l’atelier alors que j’étais en pleine réalisation d’un diptyque. Demain j’y retourne, je ferai une photo quoi qu’il advienne.

J’ai pris 2 semaines de vacances à la plage, dans le nord de l’île. Nous sommes allés ensuite à NY avec Juan et ma femme, Hélène. Nous avons passé un superbe moment, le temps était magnifique. Ce voyage était à l’occasion du ARMORY SHOW et de PULSE NY, foires d’art internationalement connues.

Cela fut passionnant de flâner dans les allées parmi les stands des galeries d’art du monde entier. Ce qui fût aussi intéressant, c’était de partager nos ressentis avec Juan et Hélène.
Nous avons été surpris de voir à quel point l’art présenté à NY est bien différent de celui que nous avions vu à ART PARIS. Les œuvres exposées à NY, qu’elles soient peintures, sculptures, vidéos ou installations étaient très basées sur l’intellect. Rien de gai, de joyeux, pas de sentiment de transcendance émotionnelle. Comme si chaque artiste, caché derrière son expérimentation individuelle se sentait isolé. Difficile de trouver un courant majeur qui rassemblerait plusieurs artistes. Un monde d’expérimentation, souvent froid, comme le béton de la ville.

Venant de la Caraïbe et baignés au quotidien de soleil, de rythmes sensuels et de sourires nous nous sentions comme des aliens avec nos peintures colorées et impulsives. Nous nous sommes promis d’aller voir à Miami début décembre, au ART BASEL MIAMI BEACH, si l’influence du Sud poussera les galeristes à nous montrer des œuvres moins statiques.

Ensuite je suis parti en Guadeloupe quelques jours pour travailler et me voilà de retour.
Demain je retourne à l’atelier, je vais me laisser imprégner par le lieu et me retrouver petit à petit…

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Mardi 17 février 2009
"Vibrations perdues" acrylique sur toile 109 x 132 cm

Cela fait maintenant 8 mois que j’ai quitté le cadre rassurant de l’école d’art. Le temps de déménager, de m’installer et de trouver mes marques, j’ai pu dès le mois d’octobre envisager de me mettre au travail. Le thème que j’avais en tête depuis de nombreux mois « Rejeté par la mer » ne demandait que du temps et du courage pour me lancer dans l’aventure.
J’ai travaillé dans un premier temps dans mon atelier personnel, installé dans un bel espace à mon domicile. Cela m’a permis de dessiner les diverses compositions et ensuite de peindre à l’acrylique des études en couleur.

Sur l’ensemble de ce premier travail de recherche, sept études ont retenu mon attention. Je les ai imaginées en train de communiquer entre elles face à un public pour témoin. Ma motivation fut grande quand le projet de les peindre en grand sur de véritables toiles arriva à échéance. Ce que vous voyez sur ces photos ce sont les premières réalisations.

Elles ont été peintes dans l’atelier collectif que je partage avec deux autres peintres Juan Mayi et Ramia Guzman (je vous parlerai du travail de ce dernier un prochain jour).

J’ai du mal à parler de mon travail ! Cela sort de mon ventre et donc difficile à exprimer avec des mots. Ceux d’entre vous qui suivent mon évolution depuis un certain temps comprendrez le message. Les autres en percevront une nouvelle dimension.

Uniquement sur le plan technique et celui du vécu, je voulais partager avec vous le fait que j’ai peint ces deux tableaux quasiment ensemble. J’aime pouvoir rebondir de l’un vers l’autre, cela m’empêche de m’abrutir et de me lasser. Un autre phénomène se produit dans le processus du travail : la difficulté de terminer une oeuvre. J’entends par cela définir, avec une certaine assurance, quand la toile nécessite une autre intervention ou pas.

Je perçois mon propre travail comme un ensemble presque inachevé. Je peins les premiers tons avec une peinture relativement liquide, ce qui me permet d’obtenir des nuances telles celles que l’on pourrait rencontrer avec l’aquarelle. Sur une photo de l’article précédent on aperçoit une toile en cours de développement. Ensuite j’interviens avec une peinture épaisse chargée du sable de plage. Les gestes sont marqués, le mouvement est accentué, les couleurs saturent.

Je vais les laisser ainsi ces premières toiles, les laisser reposer avec le temps. Vos commentaires sont les bienvenus.

Je m’attaque à présent à un diptyque, et ensuite commanderai des nouveaux châssis pour compléter ma collection. Affaire à suivre…

"Vénus" acrylique sur toile 120 x 120 cm
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Mercredi 11 février 2009
Je ne vais pas ici relater les conditions de vie de mes compatriotes, collaborateurs et amis vivant en Guadeloupe.
Vous savez peut-être que c’est le bordel aux Antilles françaises, que le coût de la vie est bien supérieur à celui de la métropole, 30 à 40% plus cher alors que les frais de transport maritime ne représentent en moyenne que 7 à 10% du prix de vente. Des lobbyings importants sont en place, que cela vienne des Békés qui contrôlent une grande partie du commerce et de l’industrie agroalimentaire, du Conseil Régional qui est en complet déficit et taxe les importations ainsi que l’essence comme des malades et de l’état français qui ne sait plus comment gérer ses anciennes colonies.
Je suis solidaire avec tous les guadeloupéens.

Pour en savoir plus, je vous invite à visionner le reportage sur le lien suivant : Reportage

Je vais m’abstraire de cela et plutôt vous évoquer les conditions dans lesquelles je peins depuis que je travaille dans l’atelier collectif.
Le matin, après avoir déposé le fils de ma femme à l’école, je longe le « malecon » (avenue bordant la mer en bordure de ville). Le soleil est encore bas et la mer est d’une beauté étourdissante derrière la rangée de cocotiers qui ornent le bas-côté. Les immeubles d’appartements, les casinos à ma gauche montrent les limites de la ville.
Une fois à l’autre bout de cette avenue, à l’Est, juste avant l’embouchure du fleuve Ozama, je quitte le « malecon » pour pénétrer dans la zone coloniale. Nous appelons ainsi la première ville des Amériques, construite et administrée par Nicolas de Ovando, où la maison de Christophe Colomb est magnifiquement dressée à l’autre extrémité de la « calle de las Damas ». Les bâtisses datant de cette époque, construites en pierre de corail, participent à l’authenticité du lieu classé patrimoine mondial de l’Unesco. Il fait bon marcher dans les rues pavées. À l’heure où je passe l’activité urbaine commence à peine, cela circule bien.
Je termine mon trajet en ayant traversé la zone coloniale, par la « calle Isabela Católica », j’arrive alors dans un quartier populaire qui se nomme « Santa Barbara ». C’est là que se trouve l’atelier. Le fleuve Ozama coule paisiblement en contrebas du mur d’enceinte de cette ancienne ville fortifiée, les portes des maisons sont ouvertes, les enfants sortent de chez eux pour se rendre à l’école.

C’est dans cette ambiance exotique et exceptionnelle que je tache le blanc des toiles. J’explose, à force de gestes amples, les études que j’avais travaillées au cours du dernier trimestre 2008.
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Mardi 10 février 2009
J’en avais parlé dans mes précédents articles, et voilà, j’ai fait mes premiers pas dans l’atelier collectif monté par Juan Mayi.
Les châssis que j’avais commandés étaient là et m’attendaient. Je revenais d’un voyage d’une dizaine de jours et étais impatient de m’y mettre.

Nous avons réglé le problème des doubles des clés, changé certains cadenas trop vieux.

Juan m’a consacré un après-midi et m’a aidé à tracer les formats sur le rouleau de toile pour la couper. Il va à une vitesse impressionnante ! Partager son expérience est un grand cadeau.Imaginez vous aux côtés d’un peintre qui a plus de 25 ans d’expérience derrière lui, il a vécu et travaillé sa peinture à Paris, il est exposé au Musée d’Art Moderne de St Domingue, ses tableaux sont dans les plus grandes collections du pays, il a remporté plusieurs fois le grand prix de la biennale d’art caribéen de St Domingue… Son CV est impressionnant et il me prend sous son aile pour m’accompagner dans mon travail. Il me traite d’égal à égal, ce qui ne peut se justifier sur le plan de la peinture. Mais bref, je me sens à l’aise avec lui et je suis fier et heureux d’être là.

Ensuite il me montre comment tendre la toile sur le châssis, me prête son agrafeuse et c’est parti, je prends le relais. Pendant ce temps, il passe du xylophène sur ses châssis qui sont restés trop longtemps dans l’atelier et qui risquent d’être attaqués par les termites. Nous sommes aux Antilles, les bêtes sont voraces par ici.

Le moment arrive où il faut passer le Gesso. Les experts savent à quoi cela sert, mais pour les débutants, cela permet d’imperméabiliser la toile pour que les couleurs ne soient pas absorbées et restent vives.
J’allais m’y mettre un peu gauchement, pas habitué à ces grands formats, ni à travailler dans un atelier dédié à la peinture. Juan a pris le relais est allé chercher une gamelle en plastique qui traînait dans un coin. Il l'a remplie d’eau et a déversé le gesso en grandes quantités dans l’eau. Avec une large brosse il s’est mis à remuer le mélange, cela débordait par terre sans se soucier du sol à nettoyer.

Le cadre à plat sur une table, la gamelle posée sur la toile et hop on barbouille généreusement. Cela paraît peut-être idiot vu de l’extérieur, mais pour moi ce fut un grand moment de liberté. Plus de contrainte de propreté autour, des gestes amples sans retenue à part les limites du support. Génial !

J’ai passé la première couche sur tous les châssis, nous les avons laissés à plat au sol, la nuit tombait, nous sommes donc partis. J’étais fatigué, heureux et plein de nouvelles sensations à digérer.

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Dimanche 25 janvier 2009
Étude pour "Métisse de face", acrylique sur carton enduit (50x60 cm)

Ce que je peins n’est pas ce que vous voyez.

Ce que je pose sur la toile ce sont mes émotions, mes ressentis, ma vie. Les codes que j’utilise me permettent de travailler en profondeur ce sujet douloureux (pour moi) du rejet, de la mise à l’écart.

Ces codes ne sont pas seulement là pour cacher au public une partie de ce qui est en jeu. Non, ils sont utilisés pour m’éviter la violence des sentiments qui m’encombreraient l’esprit et me bloqueraient dans mon travail.

J’ai utilisé ces codes, « Rejetés par la mer », les oursins aux tétons protubérants et aujourd’hui ce coquillage nommé « Métisse », sans réellement me rendre compte de ce que je faisais. J’ai vite pris conscience, en choisissant ce thème, qu’il m’emmènerait sur des chemins inconscients. J’ai compris aussi que « Rejetés par la mer » me ferait aboutir un jour à « Rejeté par la mère », par contre je ne savais pas que mes modèles étaient déjà chargés de tant de symboles.

Quand, j’ai mis de côté les oursins que j’avais assez travaillés, étant en attente de la fabrication des grands châssis sur lesquels je retraduirai ces études avec plus d’ampleur, j’avais du mal à me plonger dans l’étude de ce coquillage. Les aquarelles que j’avais faites, assez furtivement et qui sont exposées dans l’article « Dualité » ne m’avaient pas posé de problème. Les jeux de liquides, surfer et glisser dessus ont été mes activités de prédilection depuis longtemps, peut-être pour éviter de me laisser submerger.
Mais là je savais qu’avec l’acrylique, j’allais avoir à bosser, à entrer dans la matière. Je ne peux pas peindre, à l’acrylique, sans prendre le risque d’être touché.
Je suis donc resté bloqué 3 ou 4 semaines sans pouvoir affronter ce modèle, je ne comprenais pas pourquoi je tournais en rond autour. Agacé, je me suis alors forcé, j’ai pris les brosses en main et ai commencé par « Métisse de face ». Ce fut dur, très dur. Résultat inerte, sans profondeur, figé.
J’ai laissé reposé et je me suis attaqué plus tard à « Métisse de dos ». Un peu plus simple, le fond rouge a été peint en premier, le cadre et l’ambiance étaient fixés.
Plusieurs jours après je suis revenu sur « Métisse de face », le résultat est devant vos yeux. Il n’y a pas d’interprétation, je n’ai pas réussi à m’échapper de l’emprise visuelle, je n’ai pas pu me laisser envahir.
Pour « Métisse de dos », l’histoire est légèrement différente. Notez, je viens de m’en apercevoir à l’instant, comme la face et le dos sont si différents. On ne croirait pas le même coquillage !

J’ai réfléchi à tout cela, je crois avoir compris d’où me viennent les blocages. Il faut vous dire que ma mère est Métisse.

Étude pour "Métisse de dos", acrylique sur carton enduit (60x50 cm)
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